Commentaire de René Huygues - 1976


« Lors d'un entretien, un conservateur du Louvre me confia : " Bernard Loriot est l'un des meilleurs aquarellistes français »

Cet éloge et cette vérité nous mettent en présence de cet artiste dont le nom et la peinture connaissent de jour en jour une renommée plus grande. C'est durant un voyage en Normandie , terre natale de Bernard Loriot, que je découvris son œuvre saisissante et attirante par ses couleurs fougueuses et éblouissantes.

La lumière, la poésie, le charme, la joie de vivre qui se dégagent de ses toiles, font revivre le spectacle qu'offrent la mer et ses plages, sujet tant aimé et transposé avec âme et spontanéité par Bernard Loriot. Après avoir pris contact avec l'œuvre, j'ai éprouvé un besoin ardent d'en connaître l'auteur. J'ai ressenti alors cette impression d'avoir toujours connu Bernard Loriot, tant il vous met à l'aise. Sa personnalité est attachante et riche de sérénité. De lui rayonnent une bonté, une simplicité et une transparence d'âme qui se retrouvent dans sa peinture, et ne peuvent que laisser un souvenir mémorable. Le monde où vit ce peintre éclate de couleurs irradiant ses toiles. A l'exception des compositions, ce n'est pas en atelier que Bernard Loriot peint. Son univers favori de création est la nature, le pittoresque, la vie prise sur le vif. Ce peintre honfleurais pose son chevalet sur la jetée de Honfleur, les plages de Deauville et Trouville, la campagne normande. Durant des années, Bernard Loriot ne se lasse pas de peindre ces lieux. Malgré tout, c'est un continuel renouvellement, chaque toile est une création nouvelle, en grand artiste qu'il est. La source d'inspiration peut être la même, tout en révélant une œuvre entièrement différente.

En 1975/76 , c'est Venise avec ses canaux et la place St Marc, Bruges et ses quais . Loriot se rend aussi à Paris, ville lumineuse et pleine de ce mouvement que l'on retrouve dans ses toiles. Versailles et ses jardins ombragés et fleuris sont transposés admirablement par Loriot. Lors d'un court séjour à Königstein, il saisit avec brio et vivacité la vie de la rue principale à l'heure d'affluence.

Plusieurs de ses sujets pourraient sembler banals puisque déjà choisis par de nombreux peintres, mais Bernard Loriot apporte la vision personnelle, par cette peinture alerte, en mouvement qui convient particulièrement aux aquarelles.

Car c'est dans l'aquarelle et le pastel, que cet artiste se surpasse ( le retour de la colombe). Bernard Loriot est un aquarelliste dont la classe pure se confirme d'année en année. Il faut une maîtresse science de la peinture, pour suivre la proposition de la nature et il nous prouve qu'il n'est pas impossible à un artiste de s'imposer par la sincérité, le don de soi dans toute œuvre, mais à condition d'avoir du talent.

« Il faut 20 ans de travail pour avoir la maîtrise de son art, de sa palette. Aujourd'hui, après des périodes rouge, jaune, j'ai trouvé avec le bleu et le rouge une autre dimension » (Bernard Loriot)

En 1976, c'est le vert et l'orange qui font leur apparition.

Il est fascinant de voir Bernard Loriot devant son chevalet, manier de la main gauche son pinceau avec dextérité, un geste qui s'enthousiasme devant ce que voit le peintre. Sa main est légère, sûre et l'on voit rapidement les silhouettes apparaître, les voiles se gonfler dans le vent et les parasols joncher la plage. Mais Bernard Loriot n'est pas de ceux qui se facilite la tâche. Il peint aussi de fort belles compositions. Dans ses huiles, il conserve cette main légère qui lui est propre.

Des toiles telles que « le concours hippique à Deauville" , « le parasol jaune », « la place St Marc », « la plante jaune » en sont témoins.Les dessins de Bernard Loriot montrent aussi la maîtrise de la main et le pouvoir de saisir sur le vif un tableau vivant qui devient pour lui source d'inspiration d'une œuvre remarquable.

Lors de l'exposition de Bernard Loriot , à Paris, en décembre 1975, Jean Chabanon a écrit : « De Bruges à Venise pour revenir sur la côte normande de Honfleur et de ses alentours, le fief de ce peintre dont les gestes sont aussi vifs, aussi prompts que ceux de Raoul Dufy, mais différents, à la fois impulsifs et attachés à la réalité. Le site est décrit. Sur chaque page, à l'huile, à l'aquarelle se marient d'une façon étonnante le genre documentaire et le genre poétique. Un beau peintre dont l'art est plaisant »

Bernard Loriot semble participer d'un bonheur de vivre fait d'on ne sait quelle fantasmagorie de rayons. Ses foules sont ici et là animées, vivantes. Cet artiste nous transmet de par son œuvre le beau côté spontané et clair de l'être humain. C'est la force d'expressivité de l'individu qui entre en jeu et domine chez Bernard Loriot, mais c'est aussi son degré de participation effective qui conditionne l'œuvre en soit. L'engagement de ce peintre répond à l'impérieux besoin de capter les reflets de la vie la plus intime, la plus profonde.

Bernard Loriot a un talent dont l'école de Paris peut être fière.

« Certains artistes poursuivent moins la qualité sensorielle de la couleur et celle de ses accords, que la résonance éveillée par elle dans les profondeurs de l'âme. Ils sentent que si le distinct est par nature intelligible, l'indistinct est plus proprement sensible »


René Huyghe (1906-1997)

Ecrivain français , conservateur du musée du Louvre

membre de l'académie française